L’histoire du café espresso style Seattle
Le « style Seattle » en matière de café espresso désigne l’approche unique de la culture caféinée de la ville de Seattle, dans l’État de Washington. Contrairement à l’espresso italien classique – court, intense et souvent amer –, le style Seattle met l’accent sur un espresso plus accessible, souvent plus long et adouci par du lait (comme dans les lattes ou cappuccinos), issu d’une torréfaction moyenne à foncée qui équilibre acidité et rondeur. Cette culture, qui a propulsé Seattle au rang de capitale mondiale du café, s’est forgée au fil d’un siècle d’innovation, influencée par le climat pluvieux, une scène bohème et des pionniers visionnaires. Voici son histoire, étape par étape.
Les origines : Fin XIXe – Début XXe siècle
Le café arrive à Seattle dès la fin du XIXe siècle, importé via le port de la ville, un hub majeur pour le commerce maritime. En 1898, Bargreen’s Coffee commence à torréfier à Everett, près de Seattle, devenant le plus ancien torréfacteur indépendant encore en activité dans l’État. À l’époque, le café est consommé de manière rustique : torréfaction maison ou dans de petites boutiques, avec une préférence pour le café filtre ou instantané. Mais les bases d’une culture locale se posent, nourries par l’immigration européenne et les besoins des travailleurs portuaires. En 1910, la Pioneer Coffee Company ouvre, marquant le début des premières opérations commerciales de torréfaction.
Les années 1960-1970 : L’essor des coffeehouses et l’introduction de l’espresso
Dans les années 1960, Seattle connaît un boom culturel avec la contre-culture hippie et folk. Les coffeehouses comme The Last Exit on Brooklyn (ouvert en 1967) deviennent des lieux de rassemblement pour poètes, musiciens et intellectuels, inspirés des cafés européens. C’est l’époque où l’espresso émerge : en 1975, Café Allegro ouvre dans le quartier universitaire (University District) et se présente comme le premier « espresso bar » de la ville. Son fondateur, Dave Olson, développe avec les torréfacteurs de Starbucks un roast espresso signature – plus foncé que la moyenne mais pas extrême –, qui deviendra emblématique du style Seattle : corsé, avec des notes de chocolat et de caramel, mais buvable au quotidien. Café Allegro existe toujours et reste un pilier de cette histoire.
En 1971, trois amis – Jerry Baldwin, Gordon Bowker et Zev Siegl – fondent Starbucks au Pike Place Market. Au départ, ce n’est qu’une boutique vendant des grains torréfiés (souvent par Peet’s Coffee de Berkeley), sans boissons prêtes à boire. L’espresso n’arrive que plus tard, mais cette entreprise pose les fondations d’une qualité obsessionnelle.
Les années 1980 : L’innovation technique et la démocratisation
Les années 1980 marquent le vrai tournant. Kent Bakke, propriétaire d’un deli, importe en 1978 des machines La Marzocco d’Italie – des monstres italiens chromés qui révolutionnent la préparation de l’espresso. Au début, les Américains snobent l' »ess-what ? Ce truc italien dégoûtant », mais Bakke persévère, et ces machines équipent bientôt les cafés locaux, y compris Starbucks. En 1980, Chuck Beek lance Monorail Espresso, le premier « espresso cart » mobile, inaugurant l’ère des stands de rue qui rend l’espresso abordable et omniprésent.
Côté figures emblématiques, David Schomer ouvre Espresso Vivace en 1988. Ingénieur chez Boeing, il applique une précision quasi-scientifique : torréfaction exacte, extraction parfaite. Schomer invente le « Vivace Splendido », un double espresso avec une crema épaisse et veloutée, qui définit le style Seattle – équilibré, fruité, avec une douceur qui invite à la consommation quotidienne plutôt qu’à la gorgée rare. La même année, Howard Schultz, inspiré par un voyage en Italie en 1983, rachète Starbucks et transforme l’entreprise en chaîne d’espresso bars. En 1987, les premiers Starbucks servent des lattes et cappuccinos, popularisant le style Seattle à l’échelle nationale : espresso foncé mais milky, servi dans une ambiance cosy.
Les années 1990-2000 : Le grunge et la vague mondiale
Les années 1990 voient exploser la culture grunge (Nirvana, Pearl Jam), et les cafés deviennent des repaires pour les slackers en flanelle, sirotant des espressos sur des canapés usés. Des chaînes comme Tully’s (1986) et Seattle’s Best (1970) émergent, mais les indépendants comme Bauhaus (1989) incarnent l’esprit local : bibliothèques, musique lo-fi et espresso artisanal. Starbucks, avec son expansion fulgurante, exporte le « Seattle style » : un espresso accessible, souvent aromatisé (Torani syrups en vogue), qui démocratise la boisson auprès des Américains habitués au café filtre.
Aujourd’hui : Troisième vague et héritage
Seattle reste un innovateur : machines Slayer et Synesso (fabriquées localement), focus sur le « troisième vague » (cafés de spécialité, origines traçables, torréfactions légères). La ville consomme plus de café par habitant que nulle part ailleurs aux États-Unis, avec des icônes comme Café Allegro (depuis 1975) et Espresso Vivace (35 ans en 2023). Le style Seattle ? Un espresso convivial, influencé par l’Italie mais adapté au Nord-Ouest : robuste contre la pluie, communautaire, et toujours prêt pour une seconde tasse.
Cette histoire n’est pas seulement celle d’une boisson, mais d’une ville qui a transformé un rituel italien en mode de vie pluvieux et créatif. Si vous vivre l’expérience des cafés de style Seattle, visiter Café Style Seattle et procurez-vous l’expérience Seattle!