Dans les ruelles escarpées de Mondovì, nichée au cœur du Piémont italien, où les collines ondulent comme des vagues de vignes et de noisetiers, le café n’est pas une simple boisson : c’est un fil conducteur de l’histoire quotidienne. Imaginez une place pavée baignée de soleil matinal, où l’air embaume le parfum torréfié des grains arabica fraîchement moulus. C’est là, au Caffé Centrale ou au Gran Caffè Aragno, que bat le pouls de cette tradition séculaire. Mondovì, avec ses racines remontant au Moyen Âge, a su faire du café un emblème de convivialité, un élixir qui unit les anciens en tricotant leurs souvenirs aux jeunes pressés par le rythme moderne.
L’histoire du café à Mondovì s’entremêle à celle de l’Italie tout entière, importé au XVIe siècle par les marchands vénitiens depuis les terres arabes. Mais c’est au XIXe siècle, avec l’essor des « caffè storici », que la ville s’approprie ce rituel. Le Gran Caffè Aragno, ouvert en 1900, incarne cette élégance piémontaise : ses vitrines Art Nouveau encadrent un intérieur où le marbre froid contraste avec la chaleur des espressos servis au comptoir. Ici, un « caffè » – ce shot pur, serré et corsé, extrait sous 9 bars de pression – n’est pas bu pour se réveiller, mais pour se connecter. Les locaux, souvent des vignerons du Roero voisin, commandent un « ristretto » pour sa douceur chocolatée, ou un « macchiato » pour adoucir l’amertume avec une pointe de lait mousseux.
Prenez place sur une terrasse ombragée : votre tasse arrive, minuscule et fumante, sur un soucoupe d’un blanc immaculé. La crema, cette fine couche dorée et persistante, signe d’une torréfaction parfaite, flotte comme un voile sur un liquide noir intense. Une gorgée révèle les secrets du terroir : notes de cacao amer du Piémont, une acidité vive héritée des Arabica d’Éthiopie, et une finale ronde de noisette grillée, écho des forêts locales. Autour de vous, la conversation coule : un débat sur le dernier millésime de Barolo, un rire partagé sur une anecdote de la Festa dell’Uva. Le café, à Mondovì, est social ; on le boit debout au zinc pour un euro, ou assis pour prolonger le moment avec un cornetto aux amandes.
Aujourd’hui, face à la vague des chaînes internationales, les caffé de Mondovì résistent avec ferveur. Le Caffè Portici, à deux pas de la Piazza Maggiore, propose des blends bio torréfiés sur place, tandis que le Caffè Sociale, dans la vieille gare, fusionne tradition et modernité en un espace culturel où des ateliers sur l’espresso côtoient des expositions d’artistes locaux. C’est un hommage à l’héritage italien : depuis la Moka pot inventée en 1933 par Alfonso Bialetti, jusqu’aux machines Gaggia qui ont révolutionné l’extraction, le café reste un art manuel, loin des automates froids.
Si vous marchez un jour dans Mondovì, arrêtez-vous à l’un de ces sanctuaires. Commandez « un caffè, per favore », et laissez le temps s’étirer. Dans cette tasse minuscule, se distille l’âme du Piémont : robuste, généreuse, éternellement accueillante. Un simple espresso, et voilà que la vie, comme un bon arabica, prend des arômes inattendus.
Le Café Gourmand s’inspire de la facture des cafés Mondoviens. Une inspiration italienne qui ne demande qu’à être partagée.
L’équipe unboncafe.ca